ODE  AU  METIER  DE  MEDECIN

Voici un extrait du discours du Dr. Thierry Janssen devant 300 jeunes diplômés Belges en Juin 2014.


Ce discours exprime également parfaitement l'approche de l'enseignant de la Méthode Bates.




"Je leur ai dit :
- que le métier qu’ils ont choisi constitue une fonction sacrée dans le sens où il touche à la vie dans ce qu’elle a de plus sensible, de plus vrai, de plus cru et, souvent, de plus cruel ;
- qu’approcher autrui dans l’intimité de ses doutes, de ses angoisses et de sa souffrance est un privilège ;
- que cela demande beaucoup d’empathie et d’humilité ;
- qu’il faut apprivoiser ses propres peurs de la maladie et de la mort, pour ne pas tomber dans le piège de la volonté de toute puissance ;
- que l’on ne soigne pas des maladies mais des malades – des êtres multidimensionnels qui perçoivent des sensations, éprouvent des émotions, ont des pensées, des espoirs et des convictions ;
- que notre compréhension scientifique de la réalité privilégie l’identification des détails au détriment d’une vision de la globalité ;

- que cela nous fait ignorer la complexité des liens qui existent entre les différents éléments de notre analyse ;
- que le peu d’importance accordée à ces liens est à l’origine des grandes crises qui se profilent à l’horizon de notre civilisation ;
- que, à l’instar de toutes ces crises, la maladie est une tentative de l’organisme de retrouver un équilibre dans une situation perturbée ;
qu’il faudrait donc identifier les causes à l’origine des déséquilibres et tenter d’y remédier avant de supprimer les symptômes qui leur sont associés ; que la médecine devrait davantage s’occuper de prévention ;
- que nous vivons dans un système dit « de santé » qui, en réalité, est un système de maladies – un système qui est en bonne santé tant qu’il y a des malades à soigner ;
- que la logique économique d’hyper-production et d’hyper-consommation engendrée par cette aberration philosophique ne devrait pas nous faire oublier que le défi pour la médecine de demain n’est pas technologique mais humain ;
- que la première ressource thérapeutique, c’est le soignant ;
qu’ils devront donc prendre soin d’eux-mêmes afin d’éviter de s’effondrer comme le font de plus en plus de praticiens victimes de burn-out et de dépression ;
- que cela suppose de rester à l’écoute de leurs besoins essentiels et, surtout, de les respecter ;
- et que, plus ils se connaîtront eux-mêmes, plus ils comprendront leurs patients, plus ils pourront donc les soulager, les aider et les aimer, et plus ils seront heureux dans leur métier."

 

Thierry JANSSEN